Le bonsaï : C'est quoi, pourquoi, comment...

 


LA PHILOSOPHIE DU BONSAÏ

   Le bonsaï (BON = coupe et SAI = arbre ou arbuste) est une plante cultivée dans un pot, dont la finalité est de ressembler à un arbre vénérable.
On y trouve toutes les caractéristiques: force du tronc, vigueur des branches, aspect noueux des vieux troncs; dans des styles différents: droits, tordus, penchés, en forêt, etc.
   L'arbre et son contenant doivent former une composition harmonieuse qui est à la fois produit de la nature et un objet d'art, fruit de l'inspiration, support de méditation et recherche d'harmonie.
En orient le bonsaï doit traduire l’harmonie entre le ciel et la terre, l'homme et la nature. Pour nous, Occidentaux, de façon plus prosaïque, les bonsaï conservent la forme qu'ils peuvent avoir dans la nature; la nature vous renvoie à votre bonsaï et votre bonsaï vous renvoie dans la nature, dans la recherche permanente d'un équilibre. d'une perfection plus grande, d'une meilleure compréhension de la vie, des êtres et des choses.

HISTORIQUE

     L'art des bonsaï remonterait à près de 3 siècles avant Jésus Christ.
L'origine du bonsaï remonte à la Chine, entre le Vème et le Xème siècle, où la culture en pot en constituait une distraction pour la population.
Les premiers bonsaï furent créés à partir d'arbres prélevés dans la nature. Par la suite, les chinois ne cesseront de perfectionner l'art, de les miniaturiser, celui-ci pouvant atteindre un mètre et plus, ce qui le caractérise encore aujourd’hui.

   Introduit au Japon par les moines bouddhistes au XIIème siècle, de simple distraction, il devint une véritable philosophie symbolisant l'harmonie entre l'homme et la nature. La maîtrise du bonsaï s'affina jusqu'à obtenir des arbres de plus en plus petits, 40 à 50 cm étant la taille maximum d'un bonsaï japonais.

   Les prélèvements dans la nature sont actuellement interdits au Japon et les pépiniéristes on pris le relais en élevant des plantes destinées à devenir des bonsaï. Avec l'évolution de la civilisation industrielle au Japon, l'art du bonsaï se perd malheureusement. Le temps devenant rare, le bonsaï a un peu tendance à devenir une part du folklore et un objet d'exportation commerciale dont le bonsaï n'a plus qu'un lointain rapport avec le bonsaï traditionnel.
L'art du bonsaï a fait son apparition en Europe à la fin du siècle dernier, à l'Exposition Universelle de 1878. La mode actuelle du bonsaï en Europe date d'une trentaine d'années.

   Il serait stupide que nous cherchions à imiter la tradition japonaise philosophique et mystique. En dehors d'un loisir plein de richesse et de découvertes, sachons à travers le bonsaï retrouver une meilleure compréhension et un respect plus grand de la vie et de la nature.

   Un bonsaï n'est pas torturé, comme beaucoup le pensent. Bien au contraire il est entouré de soins attentifs journaliers. Il ne souffre d'aucune carence; sa nourriture est dosée. L'arbre en pot a moins de difficultés à survivre que l'arbre dans la nature. Nous trouvons tous normal de cultiver un ficus en pot alors que, dans son pays d'origine, il devient un grand arbre. Nous trouvons également normal, et nécessaire, de tailler les haies qui entourent nos jardins ou de tailler nos fruitiers pour en obtenir les plus beaux fruits…
 
   Vous reconnaîtrez que votre arbre est généreux par son aspect rayonnant.A l'abondance de ses pousses. Au contraire, un arbre triste est sombre, chétif, malingre.
Tous les arbres peuvent être traités en bonsaï. Il en est cependant dont la réduction des feuilles est longue ou difficile à obtenir.
 
Obtention:
 
Nous pouvons obtenir des bonsaï en effectuant:
  Des semis,
  Des boutures,
  Des greffes,
  Des marcottes.

Nous pouvons également un jour, au hasard d'une promenade, découvrir un arbre nanifié. Dans ce cas, il faut le déplanter avec soin, mais attention, beaucoup de sites naturels étant protégés il y est interdit de prélever des végétaux.

Il faut plusieurs années de patience, de travail et de persévérance pour obtenir un bonsaï. Cela dépend de l'espèce choisie, de la technique utilisée pour le former, et de l'environnement (climat, région) et des soins donnés. On peut parler, à titre d'exemple, de:
- 5 à 6 ans pour un camélia, un prunus, un cotonéaster;

- 7 à 8 ans pour un érable, un charme; et de

- 10 ans pour les pins .....
Il est aussi possible d'en acheter auprès de professionnels spécialisés dans ce commerce mais ce c'est se priver du plaisir de sa formation, d'exprimer sa personnalité, etc…
Le contenant

Pour vivre longtemps, le bonsaï ne demande pas seulement des soins régulier et constants: Le choix de son contenant et de son emplacement doit répondre à des critères bien particuliers. La poterie a une importance utilitaire, mais aussi esthétique.
Elle doit répondre à certaines normes car elle met l'arbre en valeur. L'harmonie qui an résulte est créée par un équilibre entre le pot, le tronc, les branches et les feuilles. La céramique en grès ou en faïence ne doit pas être émaillée à l'intérieur, afin de conserver une certaine porosité. Elle doit être percée dans le fond pour permettre au trop plein d'eau de s'écouler, et munie de petits pieds qui assurent ainsi une certaine isolation.
Il faut que la coupe soit proportionnée à la plante. Mettre une petite plante dans une grande coupe est une erreur fondamentale. Par exemple: pour une cascade on prend une coupe en hauteur, pour une forêt une coupe plate.
Les styles:

Les bonsaï sont répertoriés en quatre styles principaux:
  Le style Chokan: I'arbre est droit, classique; il s'élève vers le ciel.
  Le style Shakan: I'arbre est incliné, sa forme peut aller jusqu'à la demi cascade.
  Le style Bankan: le tronc est torsadé, enroulé sur lui même.
  Le style Kengai: c'est ce qu'on appelle le plus couramment le style cascade; l'arbre retombe sur lui-même.
A partir des ces 4 styles, on peut en former d'autres. La plantation se fait individuellement ou en groupe, toujours en nombre impair.
Les outils:

L'outillage spécifique au bonsai est très complet…  mais très cher. Une paire de ciseaux étroits est l'outil le plus utile: cela permet de tailler branchages et feuilles sans endommager l'arbre. On peut compléta par la suite son outillage par:
  une pince concave,
  une pince à fil de fer,
  un sécateur,
  du grillage plastique,
  un tamis,
  du fil de cuivre ou d'aluminium, etc
  et un plateau tournant pour permettre de travailler et de tailler un bonsaï en le voyant sous tous les angles d'un simple coup d'œil. Les outils doivent être soigneusement entretenus.

L'emplacement:

Il a aussi son importance. En fonction des espèces il faut décider d'un emplacemant plus ou moins ensoleillé. Le bonsaı est un arbre, et comrne tel, il doit vivre dehors, au rythme des saisons.
Mais il existe aussi des bonsaï dits d'intérieur, qui sont des arbres d'origine tropicale ou subtropicale et qui, en Europe, ne s'acclimatent qu'à l'intérieur.
Il est recommandé de surélever les bonsaï, non seulement pour le plaisir de l'œil, mais aussi pour le protéger des animaux et pour l'entretenir plus aisément.
Le meilleur moyen de savoir si un bonsaï résistera dans telle ou telle région est de regarder autour de soi quelles essences y vivent à l'état naturel.
Quels sont les Arbres utilisés

Pour les bonsaï d'extérieur:
On les classe habituellement en trois grandes catégories: Conifères, feuillus et arbres à fleurs ou à fruits.
I ) Les conifères: Cèdre, Ginkgo, Genévrier, Sapin, Pin à 5 aiguilles, If..
2) Les arbres à feuilles caduques: Erable, Bouleau, Charme, Hêtre, Chêne, Saule pleureur, Orme....
3) Les arbres à fleurs et fruits: Camélia, Aubépine, Olivier, Jasmin, Pommier, Abricotier, Glycine, Azalée, Grenadier, Pyracantha...

Pour les bonsaï d'intérieur:
Ficus retusa, Podocarpus, Carmona, Crassula, Serissa, Bougainvillée .....

L'ENTRETIEN

Créer ou acquérir des bonsaï, c'est bien. Mais encore faudra t il savoir les garder;
Outre l'emplacement et l'exposition dont nous venons de parler, le bonsaï a ses exigences auxquelles il faudra absolument nous soumettre.

Le nettoyage et le désherbage

En dehors du nettoyage tout simple qui consiste à balayer avec un petit balai la surface du sol et à enlever les feuilles sèches ou les fleurs fanées, le désherbage des mauvaises herbes s'impose car elles sont vite étouffantes pour la plante.

La fertilisation

Les racines du bonsaï auront vite exploré et fait le tour de la coupe. Il importe donc de nourrir son bonsaï.

Les principaux éléments nutritifs de la plante sont:
l'azote (N)

qui favorise la croissance et donne aux feuilles leur apparence verte et saine;

l'acide phosphorique (P) et la potasse (K)

qui favorisent le développement, le durcissement et la floraison

Ces trois éléments sont à la base de l'alimentation de la plante. C'est pourquoi le choix d'un engrais, minéral ou organique, est très important. En général, I'apport d'engrais se pratique une fois par semaine de Mai à Juillet. Mais il faut savoir s'adapter à ]'état de la plante, et à son espèce. La connaissance, un certain doigté, une certaine sensibilité et l'expérience sont nécessaires.

L'arrosage et la pulvérisation:

L'eau est indispensable à la vie de la plante. L'ambiance humide favorise la croissance des plantes. L'arrosage est une question de sensibilité et de rapport avec les plantes et il faut s'entraîner à sentir les besoins de chaque plante prise individuellement en trouvant le juste milieu: ni trop ni trop peu !

L'hivernage :

Les bonsaï d'extérieur (à l'exception des plantes méditerranéennes) sont parfaitement capables de passer l'hiver dehors.C'est ce qui se passe dans la nature. Il faut cependant se souvenir que le système radiculaire de quelques centimètres d'épaisseur est le premier exposé en cas de gel. On peut donc les protéger:   
   
- en enterrant le bonsaï et sa coupe dans un coin du jardin.
  en les plaçant dans une caisse d'emballage en polystyrène remplie d'un mélange de   sable et de tourbe.
   en les conservant sous abri (serre froide par exemple)
Le rempotage :  Pourquoi rempoter ?

 
Le faible volume de terre ne permet pas à la plante de vivre indéfiniment. La terre s'épuise en éléments fertilisants, l'humus disparaît, la structure du sol change et celui-ci ne fixe plus les éléments minéraux.

 
Les racines se développent de façon importante et finissent par occuper la moitié ou plus du pot, leur force et leur volume soulevant parfois la plante hors du pot.

La plupart des bonsaï se rempotent au printemps, surtout en mars avril.

- les feuillus tous les 2 à 3 ans:

- les fruitiers tous les 1 à 2 ans:

- les conifères tous les 3 à 5 ans.

On ne rempote pas aussi souvent les vieux arbres que les jeunes arbres

La taille :

Dans les bonsaï, le tronc doit toujours s'amincir du bas vers le haut et les branches sont toujours plus fines que lui. En présence de tout sujet à travailler, commencer par définir le dessin du tronc et parfois même quelle branche deviendra la cime, si la cime existante est laide, trop forte ou pas assez branchue.

A la suite de cette première phase, déterminer quelles sont les branches à éliminer. Utiliser la pince coupante à lames concaves, et ensuite mastiquer soigneusement toutes les coupures. Se servir des ciseaux fins pour les branchettes.

L'art du bonsaï repose avant tout sur la taille et sur le pincement. L'un et l'autre induisent la forme de l'arbre, c'est en effet l'essentiel du processus de miniaturisation.

Le propriétaire du plant en est le créateur à part entière.

Avant de tailler, disposez votre arbre à hauteur des yeux. Regardez le sur toutes ses faces. Imaginez sa forme naturelle et inspirez vous de ce que l'arbre vous suggère pour en accentuer la forme latente.

Un bonsaï bien traité fournit une occasion supplémentaire d'admirer les remarquables facultés d'adaptation de la nature.

Quant on parle de taille, il conviant de distinguer deux types:
1) La taille de formation destinées (comme sont nom l'indique) à éliminer branches et branchettes inutiles pour ne conserva que celles qui contribuent à la beauté de l'arbre,


2) La taille d'entretien dont la vocation est de maintenir ce que l'on aura acquis par la taille de formation et qui évitera que l'arbre ne se défigure.
La taille se pratique avec un petit sécateur, une paire de ciseaux ou une pince à branches. Elle s'effectue sur le bois de l'année passée, au printemps pour les caducs jusqu'à fin Septembre. Les fruitiers se taillent après floraison.
Les conifères, en revanche, se pincent une fois par an, an avril, en retirant les 2/3 du bourgeon central. Les aiguilles seront ainsi plus petites.
En matière de taille, il faut être prudent: une mauvaise coupe peut demander ensuite plusieurs années de "récupération" alors qu'un bonsaï pas assez taillé pourra rapidement trouver une forme agréable sous la main d'un expert.

Toutes les opérations de taille s'effectuent de préférences au tout début de la végétation lorsque les bourgeons commencent à être bien apparents sur les branches.

La taille de formation d'un bonsaï passe aussi par la taille des racines. Les racines de bonsaï ne demandent à être taillées que lorsqu'elles sont à l'étroit dans leur pot, quand elles ont colonisé tout l'espace, et non de façon systématique.
La fréquence de la taille des racines dépend donc des caractéristiques de l'espace et de l'âge de la plante. Dans le doute, mieux vaut ne tailler les racines qu'un an sur deux. Les racines de bonsaï âgés, qui ont atteint la maturité, n'ont que rarement besoin d'être taillées, tous les 5 à 8 ans environ.
Les espèces à pivot sont coupés sévèrement, le pivot n'est supprimé que lorsqu'il existe des racines latérales. Quant aux arbres aux racines étalées, ont limite d'environ 1/3 de leur longueur l'ensemble des racines en épointant les petites et en coupant bien net les plus grosses. Il est important que le systèmes radiculaire (le chevelu) du bonsaï soit bien équilibré.
Techniques spéciales de mise en forme

Le ligaturage est une opération provisoire qui a pour but de modifier l'orientation naturelle des branches pour donner au bonsaï le style et la forme souhaité. On utilise des fils métalliques de cuivre ou de laiton, dont la section est d'autant plus importante que la branche travaillée est grosse. Il a pour seul but de positionna définitivement une branche et doit être retiré dés que le résultat est acquis.

Le vieillissement   Les opérations de ligaturage dont on vient de parler permettent d'incurver les branches de telle manière que le poids des ans semble peser sur la plante. Mais pour obtenir un effet maximum, rien ne vaut le "jin". Cette technique consiste à écorcer certaines parties des branches ou du tronc, pour leur donner l'aspect du bois mort. Elle est surtout appliquée aux conifères.

La formation d'un bonsaï est un long travail de patience et de soins qui s'échelonnent sur plusieurs années. Ainsi, par la taille répétée des racines et des branches et par leur ligature, l'arbre est nanifié peu à peu. Mais si on replante un bonsaï en pleine terre, il redeviendra aussi grand que les arbres de nos jardins.
En conclusion

Nous pouvons dire que si l'amateur de bonsaï s'en occupe correctement, ces arbres miniaturisés peuvent vivre plus longtemps que leurs "grands frères ". Le bonsaï, comme tout autre être vivant, est une contrainte: contrainte de soins quotidiens, de soins saisonniers. Il demande du dévouement, de la patience, de la compréhension… Et ce n'est qu'avec persévérance que votre petit arbre finira par vous livrer une meilleure compréhension de la nature.

Avec des soins adaptés, et selon les espèces, leur espérance de vie est d'au moins 75 ans et certains sont plusieurs fois centenaires!
A travers le bonsaï, vous vous sentirez plus responsable de votre environnement. A l'heure où la vie et la végétation de notre planète sont fortement menacées, c'est une autre approche et une autre vision de la nature que vous offrira le bonsaï.
Et chaque année, tels les bons vins, les bonsaï prennent de la valeur financière et sentimentale !